#NEWS 4 : RETOUR SUR LA MINI EN MAI

June 3, 2018

Au programme; 460NM, 5 jours de mer, des orages et de la pétole...

 

 

Mardi 22 mai 10h55

Me voilà dans la zone de départ depuis 45 min, le vent est très faible. C’est mon 3ème départ de régate, et je dois bien avouer que je ne comprends toujours pas très bien ce qu’il se passe.

Visualiser la ligne de départ, choisir le bon côté de la ligne, comprendre les instructions de course données à la radio, choisir la bonne voile,… j’observe les autres concurrents mais cela ne m’aide pas, ça va dans tous les sens, certains ont le spi prêt à être envoyé à droite, d’autres à gauche, certains ont le genacker,… Bref pour moi novice, ce n’est pas simple. La course n’est pas encore partie, que je brûle déjà pas mal d’influx nerveux.

Mais cette fois, j’ai écrit mon objectif au marqueur indélébile sur le bateau: Finir la course. Cela me fait du bien de l’avoir sous les yeux, je me calme et décide finalement d’attendre sagement le coup d’envoi, de voir ce que font les autres, avant de décider quelle voile d’avant je vais envoyer.

11h00, ça y est, le coup d’envoi est donné, j’envoie le spi, passe la ligne et me voilà en course. Comme attendu je ne suis pas bien placé, mais pas le dernier non plus. C’est parti pour un parcours de 20NM dans la baie de La Trinité avant de partir pour notre parcours offshore de 440NM (800km).

Un bateau à moteur passe derrière moi, au loin j’entends mon prénom, c’est mon papa. Il me crie « N’oublie pas de dormir ! » Bien reçu P’pa ! Le parcours en baie se déroule dans un vent faible et mou.

 

17h00, j’en termine, sors de la baie direction le N-O pour aller chercher le fameux Raz de Sein.

La première nuit, vers minuit, je rencontre un problème technique qui fait tomber mon genacker (voile d’avant) dans l’eau. L’opération n’est pas simple, pendant que le bateau continue à faire route, je dois travailler à la lampe frontale sur la plage avant du bateau, afin de remonter la voile à bord et de remettre tout en ordre. Je demande à un bateau qui est sous mon vent de veiller sur moi, merci Greg. L’opération prend une petite demi-heure.

 

Mercredi 23, fin de la première nuit.

Je constate que ma route est très sud par rapport aux autres concurrents et que je perds pas mal de place. En réalité, j’ai fait une grossière erreur, je me suis trompé d’un chiffre en introduisant le point GPS de la marque. Je ne le sais pas encore, mais cette erreur va me coûter pas mal d’heures…

Je dois faire un bord de recalage, je fais beaucoup plus de chemin que les autres concurrents, je me retrouve dernier de la flotte. A part Jean et son Rasta Rocket, je ne vois plus aucun bateau. On se retrouve tous les deux dans une pétole d’enfer ! (la première d’une nombreuse série).

Nous perdons une bonne heure à essayer d’accrocher la moindre risée, mais notre plus grand problème, c’est que l’on n’a pas de temps à perdre. Juste devant nous, il y a le Raz de Sein. Pour nous, c’est une sorte de barrière de péage, zone avec énormément de courant. Dans moins d’une heure, le courant sera contre nous pendant 6 heures et cela deviendra impossible de passer. Nous n’aurions d’autre choix que d’attendre.

Le vent revient peu à peu, c’est une course contre la montre qui s’engage. On se présente tous les deux au Raz de Sein, juste après la renverse, on va tenter de passer.

Après 2 essais, impossible… on se fait éjecter du passage par le courant. On entend des gens à la radio qui nous encouragent. Dans un premier temps on décide d’attendre la renverse, mais cette idée ne nous plait pas. Et comme nous n’avons rien d’autre à faire, on décide d’essayer et d’essayer encore. Même si nous sommes très proche des cailloux, la situation n’est pas dangereuse. Le courant ne nous emporte pas dessus, mais nous éjecte au large.

5ème tentative pour Jean, il trouve le mode d’emploi et passe péniblement. Le voilà de l’autre côté ! Moi, je suis encore coincé et chaque minute qui passe, le courant contre est plus fort. La mer bouillonne, c’est très impressionnant.

Je retente une 7ème fois, je commence à comprendre où le courant est plus fort et où il l’est moins. Je laisse prendre de la vitesse au bateau et envoie des virements de bord juste devant le phare de la Vieille. Le bateau est à 3m de la base du phare qui fait 20m x 10m, la mer bouillonne, le bateau saute dans tous les sens, j’ai la trouille ! Je renvoie la même manœuvre devant la tourelle jaune-noir-jeune de la Plate, que je frôle également. C’est très impressionnant, j’ai les fesses serrées ! Ma vitesse surface est de 5kts, mais la vitesse fond n’est que de 1kts. J’ai 4 nds de courant contre, mais j’ai l’impression que ça passe. Je m’éloigne trop lentement à mon gout, j’espère que le vent ne va pas faiblir et que je me fasse re-aspirer dans le goulot. Les minutes passent et je continue à m’éloigner petit à petit… je crois que ça y est, je suis passé ! Je crie et hurle de joie, j’ai l’impression que je viens de gagner la course.

 

 

14h30, je reprends ma route, j’ai encore perdu 2 heures, je ne vois plus Jean. Cette erreur de navigation m’aura coûté au total plus de 4 heures, je suis bon dernier de la course… Les heures suivantes, le vent monte à 20kts (36km/h)  les angles de vent s’ouvrent, j’envoie le spi medium et ensuite le genacker. J’entame  ma longue descente vers l’île de Ré. Je sais que ce sont les meilleures allures pour le bateau, je décide de mettre le charbon pour revenir sur la flotte. Pendant plus de 3 heures, le bateau déboule entre 10kts et 13kts. A la barre, je perçois toute la puissance du bateau. C’est la première fois que je vais aussi vite, je sens la tension dans le gréement, des bruits jusqu’alors inconnus apparaissent, les safrans sifflent. Ca va vite, très vite ! Sensation incroyable de vitesse, néanmoins, je ne suis pas complétement serein…

Vers 3h du matin, le vent diminue en puissance, il y a maintenant 14kts, mais je garde une bonne vitesse de fond. J’évolue entre 8 et 10kts. Le bateau est bien équilibré, je décide de le laisser sous pilote automatique et d’aller dormir. Je me couche avec les instruments collés sous mon nez. Je mets le réveil toutes les 15 min. Au final, je sortirai plus de la cabine avant 7h du matin, seulement un petit check visuel quand mon réveil sonne.

 

Jeudi 24, 9h00

Je suis revenu dans la fin de peloton, je vois des bateaux, je ne suis plus dernier, ouf !

La journée est calme, je navigue avec plusieurs bateaux, on veille les uns sur les autres pendant que l’on se repose à tour de rôle.

Plusieurs fois, des dauphins viennent jouer avec le bateau, il me semble apercevoir plusieurs petits. Certains sautent en l’air pour retomber dans de grandes gerbes d’eaux.. A les voir, jouer, s’amuser, nager, accélérer sous le bateau avec tellement de facilité, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils sont là pour m’encourager, me faire passer un message. La mer est un milieu hostile pour nous terriens, personnellement,  je le ressens à chaque minute passée sur l’eau, mais j’ai l’impression qu’ils sont là pour me montrer que cet environnement  peut également être bienveillant…

 

 

Vers 18h30 lors d’une manœuvre de spi, j’entends un gros bruit à l’avant du bateau et je vois la voile qui ne se comporte plus normalement. C’est la liaison entre le bout dehors et le bateau qui vient de casser. Il pendouille lamentablement dans le vide, tenu par la voile et le gréement courant. Le bout dehors est ce tube métallique que l’on déploie à l’avant du bateau, sur lequel on vient gréer nos spis et le genacker. Sans cet appendice, la configuration de la course change d’un coup. Je me retrouve dans l’impossibilité d’envoyer une voile correcte par vent de travers ou arrière. Après quelques minutes de désappointement, je décide d’étudier le problème et essaye de trouver une solution. J’ai embarqué avec moi plusieurs petits bouts en corde dynema. Le dynema est une fibre jusqu'à 15 fois plus résistante que l’acier. Un diamètre de 5mm a une résistance à la rupture de 1250kg. Je décide de bloquer le bout-dehors en position sortie et de le re-fixer solidement avec un brelage. Je n’ai pas fait beaucoup de scoutisme, donc je ne suis pas le spécialiste de la chose, mais même si ce n’est pas très esthétique, l’opération est réussie, et je peux repartir.

 

Vendredi 25, 8H30

Je suis toujours dans un groupe de 4 bateaux, on approche enfin de l’Ile de Ré. Le vent est très mou, on se prend de très longues périodes de pétole. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les périodes sans vent sont très fatigantes. Elles usent le mental, mais il faut rester très vigilant pour ne pas rater la moindre petite risée qui pourrait nous sortir de là. Nous sommes littéralement collés pendant de longues heures…

A 13h, passage sous le pont de l’île de Ré. Marque la plus au sud du parcours, il ne reste plus qu’à remonter, mais à nouveau, nous sommes pris de longues heures dans la pétole.

 

 

La nuit suivante va également me laisser de gros souvenir…

A partie de 19h, ou voit arriver dans notre S-O de gros nuages. Plus la soirée avance, plus le ciel devient menaçant et avec la nuit qui tombe, je constate que c’est une énorme zone orageuse qui arrive. Au loin, le ciel se rempli de centaines d’éclairs. Je continue ma progression vers le N-O et décide de passer par l’extérieur de l’Ile d’Yeu (option non payante).

Vers 03h, je suis presque bord à bord avec Mathieu, un concurrent suisse. On échange pas mal à la radio en se demandant ce qui va nous tomber dessus… Le vent s’arrête complétement et il commence à tomber des trombes d’eau qui aplatissent complétement la mer. Il y a des centaines d’éclairs, et malgré la nuit très sombre, à chacun d’entre eux, je distingue très clairement le bateau de Mathieu au milieu de cette immensité. La vision est surréaliste, je ne suis pas serein. Je sais que c’est l’orage qui pompe tout le vent. Je sais aussi qu’il va nous le rendre d’un coup. Par précaution, nous décidons de prendre un ris (diminuer la grand voile).

La pluie s’arrête, le vent ne repart pas… ça dure quelques dizaines de secondes. Les éclairs sont toujours très nombreux...

La seconde d’après, comme attendu, la pluie double d’intensité, le vent arrive avec force, on entend des brides de conversations à la radio, une grande partie de la flotte est occupée à subir plus ou moins fort l’orage. Chez nous ca souffle fort, très fort... Je regarde si je suis bien attaché au bateau et décide d’aller au pied du mat prendre un deuxième ris. J’aperçois 25kts de vent sur les instruments, mais je suis convaincu qu’il y a beaucoup plus dans les rafales. Le vent tourne dans tous les sens, impossible de garder un cap. Pendant de longues minutes, c’est un petit peu du « sauve qui peut ». Mathieu et moi parvenons à rester proches et à se conseiller l’un l’autre à la radio. Nous faisons tous les deux des points sur notre position et croisons nos infos. Cette situation ne dure que quelques minutes, 15 maximum. Dès que l’orage s’éloigne, nous pouvons reprendre un cap et une route.

Le reste de la nuit et de la matinée, je croiserai encore 3 orages. Toujours le même scénario. Forte pluie, plus de vent, suivi de très grosses accélérations de vent tourbillonnant.

 

 

Samedi 10h00

Pendant le dernier orage je recroise Mathieu qui me signale à la radio qu’il y a un gros cargo. Ha oui effectivement, il n’est pas loin, nous sommes dans le chenal d’approche de St Nazaire…

Les orages s’éloignent, je peux reprendre la route, mais régulièrement je ressent des à-coups dans la barre et le bateau ralenti à chaque fois. Je mets un petit peu de temps à comprendre ce qu’il se passe. En fait, les safrans tapent dans de énormes méduses. Je suis impressionné par la taille de certaines qui font facilement la taille de deux ballons de basket.

16h00, je rentre dans la baie en compagnie de 2 autres bateaux, la ligne d’arrivée n’est plus très loin.

Malheureusement me voilà de nouveau collé sur l’eau, sans vent, il me faudra plus de 4h30 pour rejoindre la ligne d’arrivée ! Pas bon pour les nerfs !

21h00, les copains sont sur le ponton et m’attendent avec une bière ! Merci les gars !

 

Quelle aventure, vivement la prochaine !

 

 

 

 

 

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